Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

PUBLICITE
 
Accueil » Alerte Info
Actualités
Lundi 21/04/2014, 12:21
Temps de transmission du savoir pour Fatoumata Sylla, la "vieille dame" du Barreau malien (PORTRAIT)
Par Ghislaine ATTA

Avec une voix pleine d’émotion, Me Fatoumata Sylla s’était adressée, début avril, à la nouvelle cuvée de jeunes diplômés qui avait décidé de la prendre pour marraine, leur distillant conseils et anecdotes, remontant dans le temps et riant de cette "vieille dame" du Barreau que la première avocate du Mali dit être devenue.

 

Cette ex-Garde des sceaux et ministre de la Justice du mali au début des années 2000 jouit d’une carrière riche de plus de 30 ans, débutée au début des années 1980, avec un ancrage en 1971, année de la création d’un cadre national pour l’exercice de la profession d’avocat et l’institution d’un barreau auprès de la Cour suprême et de la Cour d’Appel du Mali.

 

"Le cadre juridique ainsi créé ouvrait un espace d’exercice qui ne demandait qu’à être occupé. Or, dans ces années là, la fonction publique étaie supposée source de garantie et synonyme d’un confort de salaire. Renoncer à tout cela, pour les esprits simples, revenait plus de la témérité que du courage et d’aventure que d’un choix lucide", se rappelle Seydou Coulibaly, l’actuel Bâtonnier de l’ordre des avocats du Mali.

 

Cette gageure est pourtant le choix d’une poigné d’hommes et de femmes munis de parchemins universitaires, jeunes diplômés de Droit. Ils ont pour noms Me Idrissa Traoré, Ibrahima Diawara, Kassoum Tapo, Magate Hassan Seye, Bégué Kanouté, Mountaga Tall, Boureima Sidibé, Fatoumata Sylla, Mamadou Danté, Alassane et Moriba Diallo.

 

Pionnière


En se faisant compter au nombre de ces pionniers, Me Fatoumata Sylla, devient la première femme avocate du Mali. Son choix de devenir avocate, ne se fait ni par dépit, ni par défaut, mais "par envie, plaisir, amour de la profession", affirme-t-elle.

 

Car lorsqu’elle prête serment en février 1980 devant la Cour d’Appel de Paris, il lui reste encore ouvert le choix de rentrer dans son pays le Mali, et de faire comme tous les jeunes diplômés de l’époque: déposer des demandes d’emploi dans les différents ministères et services centraux de l’administration avec la quasi certitude de devenir peut-être conseillère des Affaires étrangères, inspecteur du Travail ou des Impôts, entre autres.

 

Mais son attachement à la "Terre rose" de Ségou (ville située à 235 Km à l’est de Bamako) dont elle est originaire prend le dessus. Elle revient prêter serment en 1982 devant la Cour d’Appel de Bamako, à l’effet d’obtenir son inscription au Barreau de l’ordre des avocats du Mali.

 

Malgré son expérience acquise dans plusieurs cabinets français après sa formation, elle choisit, en 1982, de s’astreindre à nouveau au stage chez le bâtonnier du Mali de l’époque, Me Drissa Traoré, avec lequel elle reste en collaboration jusqu’en 1984. En 1985, elle s’installe à son compte, alors qu’elle est membre de l’association des jeunes avocats du Mali.

 

A la faveur de la révolution de la Cour Suprême d’alors, un nouveau bâtonnier et un nouveau conseil de l’ordre (des avocats) sont élus. Elle en devient membre.

 

Dans l’intermède, un sommet France-Afrique: de la Baule souffle un vent de démocratie sur toute l’Afrique francophone. Le Mali n’est pas épargné. Des voix isolées s’élèvent pour demander l’ouverture démocratique.

 

1991. Une égérie est née


Tous les regards sont tournés vers le Barreau malien. "Il ne décevra pas", se souvient Fatoumata Sylla.

 

"A la suite d’une assemblée générale extraordinaire, nous votions presqu’à l’unanimité une motion adressée au président de la République malienne d’alors, Moussa Traoré, l’invitant à l’ouverture démocratique et au multipartisme", raconte-t-elle.

 

La décision est prise de remettre le message du Barreau au Garde des Sceaux, le Palais présidentiel de Koulouba étant inaccessible, quadrillé par les forces de l’ordre. La jeune dame est désignée par ses pairs pour lire et remettre le message à qui de droit.

 

Informé de l’entreprise des avocats maliens et de l’itinéraire qu’ils doivent emprunter, le ministre de la justice requiert la force publique, empêchant par des jets de gaz lacrymogène, la délégation de l’atteindre.

 

Dans l’impossibilité de progresser, Fatoumata Sylla entreprend, dans la fumée des gaz, de lire sur place la motion à elle confiée, face aux forces de l’ordre.

 

L’instant est immortalisé par les clichés de la presse internationale présente sur les lieux, montrant la jeune avocate entrain de déposer sur le bitume le message qu’elle vient de lire au nom du barreau à l’intention des autorités maliennes. Une égérie est née.

 

La suite est connue: l’ouverture démocratique a lieu, mais demeure l’affaire des politiques, le barreau ayant refusé d’être à la fois juge et partie. Dans la foulée des évènements, des dirigeants sont arrêtés puis incarcérés. Mme Sylla, sous la casquette de militante des Droits de l’homme et des peuples rend visite aux détenus à divers endroits du pays où ils ont été placés, « de peur que l’Etat de droit ne soit dévoyé de son objectif ». Elle se constitue donc pour l’ensemble des accusés, s’engageant à les défendre tous pour autant qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêt.

 

Rayonnement au-delà des frontières maliennes


A l’occasion du procès des "crimes de sang", le monde verra une autre facette de l’avocate en exercice, soulevant des objections de toute nature pour la défense de ses clients.

 

Sept ans plus tard, en 1998, elle est élue Bâtonnier de l’ordre des avocats du Mali, devenant ainsi la première femme à occuper cette fonction au Mali et en Afrique francophone.

 

Avocate inscrite à la Cour pénale internationale (CPI), Fatoumata Sylla est membre fondateur du Barreau pénal international. Elle a été élue par ses pairs membres du conseil d’administration en charge de la coordination de la zone Afrique subsaharienne.

 

"C’est à vous qu’il revient de continuer là où nous nous devront nous arrêter", avait indiqué Fatoumata Sylla à ses filleules.

 

Les professions libérales n'observant pas de retraite à proprement parler, "nous continuons de partager ce que nous avons, jusqu’à ce que la vie en décide autrement", sourit-elle.

 

GAT