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Mercredi 05/05/2015, 23:39
Sénégal: Le Mouvement "Y en a marre" n'est "pas manipulable", selon son coordonnateur (ITW)
Par Mbaye GUEYE

Fadel Barro, un des fondateurs de "Y en a marre", a soutenu que le Mouvement n’est "pas manipulable", dans un entretien mardi à ALERTE INFO où il réagit à un article de "Œil  d’Afrique", publié le 3 mai, qui qualifie les locataires des Parcelles assainies à Dakar de "téléguidés et financés par des occidentaux". 

Fadel Barro, coordonnateur des "Y en a marre"

 

Quelle réponse apportez-vous à cet article qui parle de votre Mouvement et d’autres comme "Le Balai citoyen" burkinabé, "La Lucha (Lutte pour le changement)" et le "Filimbi (sifflet)" de RDC ?

Je dois vous préciser que je n’ai pas l’habitude de répondre aux articles. Je pense que c’est la première fois que je le fais. Ces écrits ne constituent pas un article de presse, ce n’est pas un papier documenté, ce n’est pas une production où l’information est vérifiée. Je suis journaliste et je puis vous dire que ces écrits ne respectent aucun critère journalistique. C’est quelqu’un qui a pris une image, qui en a fait une élucubration et vous appelez ça un article de presse: c’est très facile. Par respect pour ce métier, pour des journalistes professionnels qui font des enquêtes et mènent des investigations, je ne peux vraiment pas considérer cela comme un article de presse. Je l’ai lu et j’ai vu que celui qui l’a écrit ne sait même pas comment on écrit "Y en a marre". Ce n’est pas sérieux! Celui qui l’a écrit parle de "Y en a marre téléguidé". Ce qui se passe c’est qu’il y a des gens que notre action n’arrange pas, alors ils racontent ce qu’ils veulent. Ce n’est pas la première fois qu’on entend ce genre de choses. Il y a des gens en Afrique qui ne pensent pas, qui ne peuvent même pas s’imaginer que de jeunes africains puissent travailler en toute indépendance et avoir une vision, une idée qu’ils conceptualisent et pour laquelle ils se battent. "Y en a marre" ne dépend ni du marxisme, ni du capitalisme, ni du communisme, nous ne dépendons d’aucun bord et nous voulons faire une philosophie d’action citoyenne fondée sur des valeurs africaines et sur nos réalités socioculturelles. Les gens qui ne conçoivent pas tout ça sont donc dérangés, mais ils sont libres de penser ce qu’ils veulent.

 

L’article en question fait état de l’origine "occidentale" du financement des tous ces Mouvements… 

Vous voulez savoir qu’elles sont les sources de revenus de "Y en a marre"? Pendant toute la durée du combat contre la candidature d’Abdoulaye Wade (ex-président du Sénégal), nous n’avons reçu aucun sous d’une quelconque ONG ou d’un Parti politique. Nous avons assuré l’indépendance financière du Mouvement en menant des activités qui ne sont pas très chères, mais surtout en commercialisant nos t-shirts estampillés "Y en a marre" et d’autres gadgets. Ces t-shirts se vendaient à 7.000 CFA comme des petits pains et nous en avons vendus pas moins de 100.000. Alors, faites vous-même le calcul. On a dit aux gens: "si vous voulez soutenir ce combat, venez acheter ces t-shirts". Cet argent nous a permis d’assurer notre indépendance financière jusqu’au départ d’Abdoulaye Wade. Après, des gens sont venus acheter les t-shirts "Y en a marre" par centaines pour les distribuer aux autres afin qu’on puisse continuer à exister. Ça doit être le peuple sénégalais qui, en achetant ces t-shirts, nous a donc téléguidés. "Y en a marre" a refusé d’être récupéré par le système. Nous avons refusé d’entrer dans le gouvernement, et d’aller à l’Assemblée nationale alors que nous avions la possibilité et la légitimité de le faire. Nous avons voulu garder notre indépendance pour arriver à la République des citoyens avec un nouveau type de Sénégalais.

 

Sur la photographie qui illustre cet article, on voit certains membres de "Y en a marre" et le milliardaire américain d’origine hongroise, Georges Soros. Quels rapports entretenez-vous donc avec lui ?   

Ecoutez, nous n’avons aucun rapport particulier avec Georges Soros. Aucun rapport ! Cette photo date du 14 avril 2013, donc bien après qu’Abdoulaye Wade ait quitté le pouvoir. Je vous explique ce qui s’est passé: Open Society Institute organisait son conseil d’administration à Dakar et Georges Soros qui en est le fondateur, y était dans le cadre de cette rencontre. Des membres de Open Society Institute et des ONG sénégalaises nous ont dit que  monsieur Soros voulait rencontrer les membres de notre Mouvement. Alors, on a répondu par l’affirmative à cette demande en précisant toutefois que celui qui veut nous rencontrer devra venir nous voir chez nous, dans nos bureaux. Tout ceci, justement, pour éviter qu’il y ait de l’amalgame parce que si nous allons voir Georges Soros, des gens feront cas de cela. Alors, tout comme Macky Sall entre les deux tours de la présidentielle de 2012, Georges Soros est venu nous voir, ici dans ce quartier quelconque de la banlieue dakaroise. Il est venu, on a parlé de "Y en a marre" et de notre engagement. Nous avons beaucoup plus parlé et il a beaucoup plus écouté. Il nous a demandé comment nous fonctionnons, on lui a expliqué que c’était par la vente de nos t-shirts et c’est tout ! Il est parti et il n’y a pas eu de suite. Nous avons l’indépendance de ne pas être manipulés par qui que ce soit. Nous avons une vision tellement claire que ce n’est pas possible de nous récupérer. Les gens qui disent que nous sommes téléguidés nous prennent pour des marionnettes? Si c’était le cas, Abdoulaye Wade l’aurait fait avant que tout ça n’arrive. Les gens qui accusent "la Lucha" ou "Filimbi" ne savent pas que Joseph Kabila (président de la RDC) est plus riche que ces occidentaux-là? La seule personne de Kabila peut financer tous ces Mouvements citoyens de jeunesses africaines, pareil pour Blaise Compaoré. Mais pourquoi ils ne le font pas? Parce qu’ils ont essayé de nous manipuler, mais ça ne marche pas. Nous ne sommes pas manipulables.

 

Et la rencontre-débat en RDC au cours de laquelle vous et des membres des autres Mouvements cités aviez été arrêtés, était-ce vraiment sous la "paternité de l’USAID" comme on peut lire dans cet article ? 

L’USAID (Agence américaine pour le développement international) finance combien de projets en RDC? Mais parce que c’est "Y en a marre", "Le Balai citoyen", "La Lucha" ou le "Filimbi", on dit qu’ils sont téléguidés. Si, par exemple, l’Etat du Sénégal est assez ferme pour prendre l’argent de l’USAID, pourquoi pas les jeunesses africaines? Nous ne sommes pas des complexés. Ce sont ces complexés postcoloniaux du genre de ce monsieur qui a écrit ce chiffon qu’il prend pour un article de presse, qui pensent que lorsqu'une personne comme Georges Soros vient voir des gens, il vient avec des malettes d’argent. Nous ne voyons pas les choses comme ça. Avec Soros comme avec les autres, nous discutons d’égal à égal. Des ONG sont venues vers nous, OXFAM, Open Society Institute de Georges Soros, OSIWA, pour nous accompagner dans la réalisation de nos programmes. Mais ce qui doit être clair, et j’y accorde beaucoup d’importance, c’est que cet argent qui est remis par ces ONG au Mouvement "Y en a marre", ce ne sont pas les membres du Mouvement qui le touchent directement.  Pour garder notre indépendance, parce que déjà nous n’avons pas la bureaucratie pour gérer cet argent, nous avons signé un contrat avec Enda Lead Afrique francophone, une entité de Enda tiers monde, afin qu’ils gèrent ces fonds-là. C’est eux qui assurent la couverture institutionnelle, ils nous accompagnent et nous, nous faisons la mise en œuvre de nos différents programmes. Cet argent nous a permis, par exemple, d’ouvrir 14 bureaux "Y en a marre" dans les 14 régions du Sénégal, d’avoir l’accès à Internet, de mener des formations, des campagnes, des petits spots que vous voyez à la télévision. Ce n’est pas de l’argent pour nous enrichir, ça nous permet uniquement de mener nos activités et je répète que ça ne rentre pas dans nos poches.  

 

Aujourd’hui, pensez-vous que la jeunesse sénégalaise a atteint un certain niveau de maturité citoyenne ?

Je parlerai plutôt de la jeunesse africaine qui est en train de se réveiller. Il y a dix ans, des présidents, qui ont voulu modifier des constitutions l’ont fait sans qu’on ne brandisse un seul chiffon rouge, et cela passait comme une lettre à la poste. Mais aujourd’hui c’est difficile. Certes, il reste encore beaucoup à faire parce que ce n’est pas nous ou "Le Balai citoyen" qui viendrons changer les choses d’un coup de baguette magique. Mais il y a de l’espoir car les choses avancent. Vous avez vu ce qui s’est passé au Burkina Faso? Vous voyez ce qui se passe en ce moment au Burundi? Après c’est dommage qu’il y ait des morts. Malgré ça, les gens se lèvent et c’est ça qui me fait dire que les choses avancent.

 

A propos, vos camarades du "Balai citoyen" manifesteront jeudi en soutien à la jeunesse burundaise. Et vous, qu’avez-vous prévu ?

Nous avons discuté avec Me Guy Hervé Kam qui est le coordonnateur du "Balai citoyen" et la manifestation qui va se dérouler jeudi à Ouagadougou devrait en principe se tenir au même moment à Dakar. D’ailleurs, nous lui avions suggérer d’élargir cette manifestation aux violences xénophobes en Afrique du Sud, et aux morts de la Méditerranée, mais entre les autorisations de manifester et le reste, nous sommes en retard. Cependant, nous soutenons "Le Balai citoyen", on se parle, on garde le même esprit et on reste solidaires.

 

VO